Ballade de printemps

Dites-moi, gentille hirondelle
Que j’attends depuis si longtemps,
Tu viens de loin à tire-d’aile
Sur un nuage, portée par le vent.
Sous ma fenêtre, cette nacelle
C’est ton abri, ta citadelle,
Ton château fort d’un autre temps.
Je t’aperçois, petite oiselle,
Et demain sera le printemps.

Dites-moi, blanche tourterelle,
Etes-vous la colombe d’antan
Qui chantait la paix perpétuelle
En refrain gai et roucoulant ?
C’est le ramage d’une pastourelle
Ou bien l’écho, la ritournelle
Dans la bouche du petit enfant.
Sa voix chante comme une crécelle
Que demain sera le printemps.

Dites-moi, gente demoiselle,
Mon âme en peine depuis trois ans
N’a céans revu votre ombrelle
Ni entendu vos rires charmants,
Vous n’êtes plus cette jouvencelle
Qui jouait jadis à la marelle.
Oh, donnez-moi quelques instants
De vrai bonheur sous cette tonnelle
Quand demain sera le printemps !

Poète, si la Muse t’ensorcelle,
Après l’hiver, son mauvais temps,
Prends le pinceau et l’aquarelle
Et vient donc peindre le printemps !

Antoine Livic